PFAS dans l’Aube : un scandale sanitaire
Le 20 février 2025 fut une victoire, oui, mais en trompe-l’œil. L’Assemblée Nationale adoptait enfin, sous l’impulsion du député écologiste Nicolas Thierry, une loi visant à restreindre l’usage des PFAS, ces « polluants éternels » qui empoisonnent nos vies. On aurait pu s’en réjouir, croire la menace écartée. Quelle naïveté ! Pour nous, Écologistes, et pour les collectifs citoyens comme Zéro Déchet Troyes ou Aube-Durable, ce n’était que le prélude d’un combat de longue haleine.
Cette réalité implacable s’inscrit dans les analyses de nos rivières, de nos sols, et bientôt, dans notre sang. Comme tant d’autres départements, l’Aube que l’on aurait aimé croire épargnée, n’est pas ce havre de paix écologique qu’on imagine. Notre territoire porte également les cicatrices d’une pollution industrielle importante.
Trois sites industriels aubois sous le feu des projecteurs
Grâce à la vigilance d’associations comme Zéro Déchet Troyes et Aube Durable, on y voit un peu plus clair. Une enquête a identifié trois sites industriels majeurs dans l’Aube responsables de rejets de ces polluants (source Association Générations Futures) :
- SAICA Paper France à Nogent-sur-Seine, spécialisée dans le papier-carton, émettrait 5,1 g/jour de PFAS.
- ICOA à Crancey, fabricant de mousse polyuréthane, rejette des AOF, une autre famille de composés fluorés préoccupants.
- Cristal Union à Arcis-sur-Aube, la sucrerie-distillerie, émet des rejets de 2,7 g/jour de PFAS et surtout
127 976 g/jour d’AOF.
Le cas de Cristal Union, révélé en octobre 2025 par Disclose et France 3 Champagne-Ardenne, illustre une spirale infernale. Les eaux de lavage des betteraves, chargées de polluants, sont épandues sur les champs.
Ces mêmes champs, contaminés, produisent des betteraves qui retournent à l’usine, tandis que les dérivés sont utilisés pour l’alimentation animale, propageant le poison à toute la chaîne alimentaire.
Dans l’Aube, comme ailleurs, la surveillance se met en place. Les premiers résultats des rejets industriels, publiés par la DREAL Grand Est, confirment la contamination. L’Agence Régionale de Santé (ARS) montre elle aussi des dépassements de la norme de qualité pour l’eau potable (0,1 µg/L) dans certains secteurs du Grand Est, et appelle à réduire l’exposition des populations les plus sensibles. L’heure n’est plus aux demi-mesures ni aux faux-semblants. L’heure est à l’action, résolue et collective.